Gouvernance Décision COMEX

Série Exécution Stratégique · Hors-série

Qui a vraiment le droit de décider ?
L'angle mort de la gouvernance des COMEX

Un organigramme et une matrice de responsabilités ne suffisent pas à faire fonctionner la décision. 4 erreurs récurrentes expliquent pourquoi les bonnes personnes n'ont, dans les faits, pas le pouvoir de trancher.

Jean-Michel Blaise

Fondateur — PerfEco Consulting NC

Beaucoup de comités de direction pensent avoir réglé la question de la décision en distribuant un organigramme et une matrice de responsabilités. Une recherche récente publiée dans Harvard Business Review montre que c'est rarement suffisant — et identifie pourquoi les bonnes personnes n'ont, dans les faits, pas le pouvoir de trancher.

Source citée

Lindy Greer, Jennifer Jordan et Maxim Sytch, « What Leaders Get Wrong About Decision Rights », Harvard Business Review, juillet-août 2026.

Un rôle sur le papier n'est pas un pouvoir réel

La plupart des organisations que nous rencontrons ont déjà un document qui précise « qui décide quoi » — matrice RACI, fiche de délégation, charte de gouvernance. Le problème n'est presque jamais l'absence de ce document. C'est l'écart entre ce qu'il dit et ce qui se passe réellement dans la salle de réunion.

Ce n'est pas la richesse ou la pauvreté du référentiel qui distingue une organisation où l'on décide vite d'une organisation où l'on décide lentement. C'est la clarté — et le respect dans les faits — des droits de décision qui y sont attachés.

4 erreurs qui sabotent la gouvernance de la décision

1. Fixer les rôles avant de clarifier l'objectif

Attribuer « qui décide » avant d'avoir mis tout le monde d'accord sur « on cherche à obtenir quoi » produit des rôles mal calibrés dès le départ — le bon décideur pour un objectif n'est pas toujours le bon décideur pour un autre.

2. Traiter la décision comme une liste figée

Un document de gouvernance écrit une fois par un dirigeant seul, jamais révisé, vieillit mal. Les rôles doivent être co-construits avec les personnes concernées par la décision, et actualisés à mesure que l'organisation change.

3. Confondre décider, consulter et informer

Sans définition claire de ce que chaque rôle recouvre réellement, chacun croit avoir plus — ou moins — de pouvoir qu'il n'en a. Le flou n'est pas neutre : il ralentit tout le monde par excès de prudence, ou crée des décisions prises sans les bonnes personnes dans la boucle.

4. Laisser la hiérarchie écraser les rôles attribués

Un responsable formellement mandaté pour trancher perd toute autorité réelle si son supérieur réintervient systématiquement sur le sujet. À force, plus personne ne prend de décision sans validation informelle — et le droit de décision devient une fiction.

Le coût invisible d'une gouvernance floue

Des réunions qui se répètent parce que rien n'a vraiment été tranché. Des décisions reprises plusieurs fois par des personnes différentes. Des responsables qui n'osent plus trancher seuls, par prudence. Des sujets qui remontent systématiquement au COMEX alors qu'ils ne devraient jamais y arriver. Rien de tout cela n'apparaît dans un tableau de bord — pourtant ça coûte du temps dirigeant et de la vitesse d'exécution.

La question que le COMEX devrait se poser

Non pas seulement : « Qui est responsable de cette décision sur le papier ? »

Mais plutôt : « Cette décision reste-t-elle vraiment entre les mains de la personne à qui elle a été confiée — ou remonte-t-elle, une fois sur deux, plus haut que prévu ? »

Question de diagnostic

Prenez une décision récente dans votre organisation : la personne officiellement en charge l'a-t-elle vraiment tranchée seule, ou le dossier est-il remonté malgré tout ?

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