Série Exécution Stratégique · 6/8
Le COMEX manque souvent
de visibilité
75% des dirigeants ne font pas confiance aux données sur lesquelles ils s'appuient pour décider. Le problème n'est pas le manque de réunions — c'est ce qui n'arrive jamais jusqu'au comité.
Jean-Michel Blaise
Fondateur — PerfEco Consulting NC
La plupart des comités de direction pilotent avec les meilleures intentions du monde — et avec une image de la réalité déjà arrangée avant même d'arriver sur la table. Le problème n'est presque jamais l'absence de données. C'est ce qui leur arrive entre le terrain et le sommet.
Sources citées
Enquête sur la confiance dans les données décisionnelles, Gartner, 2025 ; enquête sur les décisions fondées sur la donnée, Gartner, 2024 ; Deloitte, Human Capital Trends, 2026 ; Benjamin Laker, « Why Bad News Gets Softened As It Moves Up The Organization », Forbes, 2026 ; McKinsey & Company, The State of Organizations 2026.
Le prix de la donnée non fiable
Une enquête Gartner de 2025 a établi un chiffre qui devrait inquiéter tout comité de direction : 75% des dirigeants déclarent ne pas faire confiance aux données sur lesquelles ils s'appuient pour prendre leurs décisions. Un an plus tôt, une autre enquête Gartner montrait que moins de 30% des dirigeants affirmaient que leur organisation prenait des décisions systématiquement fondées sur la donnée.
Selon les Human Capital Trends 2026 de Deloitte, 72% des dirigeants déclarent que le volume de données et le manque de confiance dans leur fiabilité les a déjà empêchés de trancher une décision. Le paradoxe est frappant : jamais les organisations n'ont produit autant d'indicateurs, de tableaux de bord et de rapports — et jamais les dirigeants n'ont autant douté de ce qu'ils regardent.
Un chiffre qui recadre le débat
Ce n'est pas un problème de volume de données. C'est un problème de confiance dans ce qui a survécu au trajet entre le terrain et le comité de direction.
Ce qui remonte n'est pas ce qui se passe
Un phénomène bien documenté en comportement organisationnel porte un nom : l'« effet Mum » (mum effect) — la tendance systématique à adoucir, résumer ou retarder les mauvaises nouvelles à chaque niveau hiérarchique qu'elles traversent. Comme le résume Benjamin Laker dans Forbes en 2026, chaque échelon calcule en temps réel ce qu'il partage, comment il le formule, et quel contexte il retient — des calculs façonnés par l'auto-préservation et par une lecture, souvent erronée, de ce que le niveau supérieur veut entendre.
Le résultat : par le temps qu'une information atteint le COMEX, elle est passée par le terrain, un manager, une direction intermédiaire — et à chaque étape, elle a été filtrée, condensée, remise en forme. Ce n'est pas de la malhonnêteté individuelle. C'est un écart structurel entre ce qui se passe réellement et ce qui est jugé présentable en comité.
C'est le même mécanisme que celui décrit dans notre article sur les réunions et le pilotage : un rituel bien exécuté (le reporting mensuel, le comité hebdomadaire) ne garantit rien sur la fidélité de ce qui y est présenté à la réalité du terrain.
4 signaux d'un COMEX qui pilote à l'aveugle
1. Les mauvaises nouvelles arrivent toujours adoucies
Chaque niveau hiérarchique remonte une version arrangée de la situation — jamais la donnée brute, jamais le signal faible dans toute sa crudité.
2. Les tableaux de bord affichent des chiffres périmés
Ce que le COMEX regarde en réunion date souvent déjà de plusieurs semaines — le temps que les chiffres soient consolidés, validés, mis en forme.
3. Le terrain et la direction ne parlent plus de la même réalité
L'un vit les faits chaque jour ; l'autre lit des synthèses une fois par mois. Deux versions du même sujet finissent par coexister sans jamais se confronter directement.
4. Le problème n'est visible qu'une fois impossible à cacher
Le signal arrive systématiquement en retard — jamais en amont, quand il serait encore possible d'agir à moindre coût.
Le coût invisible
Selon McKinsey (The State of Organizations 2026), la capacité à mobiliser des insights en temps réel devient un facteur central de performance organisationnelle — précisément parce que la plupart des comités de direction pilotent encore sur des données déjà filtrées et retardées.
La question que le COMEX devrait se poser
Non pas seulement : « Avons-nous les bons indicateurs ? »
Mais plutôt : « Si un responsable terrain changeait de poste demain, perdrions-nous une information que nous croyions détenir ? »
Question de diagnostic
Sur votre dernier comité de direction : la dernière mauvaise nouvelle est-elle arrivée avant, ou après être devenue ingérable ?
Version approfondie
La version complète de cet article est disponible sur perfsystemique.fr.
Lire l'article complet sur perfsystemique.fr →Série Exécution Stratégique
← Article précédent · 5/8
Les réunions ne remplacent pas le pilotage
4 août 2026
Article suivant · 7/8 →
Les KPI ne font pas la performance
18 août 2026
Votre COMEX pilote-t-il une réalité, ou une synthèse ?
PerfEco aide les directions générales à reconnecter le pilotage stratégique à la réalité opérationnelle du terrain — des indicateurs fiables, un filtrage réduit, une vision directe.
Prendre contact →contact@perfeco.nc — +687 73 08 75